Votre maison compte autant
que votre alimentation pour votre santé

Et si l’air et les matériaux qui vous entourent chez vous ou au travail contribuaient à votre capital santé autant que votre alimentation ? Ce n’est plus une intuition : c’est désormais un champ de recherche scientifique à part entière, en plein essor depuis 2023. Plusieurs revues internationales de référence (Nature Reviews Microbiology, Frontiers, Harvard T.H. Chan School of Public Health ) étudient désormais ce qu’on appelle le microbiome du bâtiment : l’écosystème invisible qui vit dans nos murs, notre air, nos sols et nos réseaux d’eau. Nous évoquions déjà, dans notre article sur le logement qui améliore la santé, qu’un habitat sain réduit l’asthme, améliore le sommeil et stimule la concentration. La science explique aujourd’hui le mécanisme derrière ce phénomène. Au sein de l’Institut de la Maison Saine nous avons donné un nom à cette nouvelle façon de concevoir l’habitat : le Bâticament.

Nous vivons tous entourés d’un mélange naturel de micro‑organismes présents dans l’air, sur les surfaces et dans les matériaux. Comme notre flore intestinale qui contribue à notre équilibre et à notre santé, un logement possède lui aussi son propre “écosystème intérieur” : le microbiome du bâtiment.

Dans un logement sain, ce microbiome reste discret, neutre, et participe à un environnement intérieur équilibré, compatible avec notre capital santé. Mais cet équilibre est fragile : lorsque l’humidité s’installe ou que l’air circule mal, le microbiome change de visage. Certaines espèces indésirables prennent alors le dessus ( moisissures, bactéries hydrophiles, allergènes ) et c’est ce basculement, bien plus que la présence de microbes en soi, qui peut rendre un logement irritant, allergisant ou inflammatoire. Comprendre comment cet écosystème évolue, et comment l’humidité en est le principal chef d’orchestre, ouvre une nouvelle manière de penser l’habitat.

Qu’est-ce que le microbiome du bâtiment ?

Microbiome du bâtiment (ou MoBE, Microbiome of the Built Environment) : l’ensemble des communautés microbiennes, bactéries, champignons, virus, qui colonisent un espace intérieur : murs, sols, air, canalisations, surfaces. Cet écosystème est façonné par l’architecture, la ventilation, les matériaux, le climat intérieur… et par les occupants eux-mêmes.

Comme l’intestin humain héberge un microbiote qui conditionne une partie de notre santé, un bâtiment héberge son propre microbiome qui conditionne, lui aussi, la santé de ses occupants. C’est la conclusion d’une synthèse publiée en 2024 dans « Nature Reviews Microbiology » (« The indoors microbiome and human health ») : les environnements intérieurs sont des habitats microbiens complexes, et les micro-organismes qui s’y développent ont un impact direct et mesurable sur la santé humaine. Les environnements secs, bien ventilés et bien conçus limitent les micro-organismes pathogènes ; les environnements humides et mal ventilés les favorisent.

Cette conclusion est confirmée par une revue systématique plus récente encore, publiée en août 2025 dans Frontiers in Built Environment, qui passe en revue l’ensemble de la littérature consacrée aux microbiomes des environnements construits. Ses auteurs sont catégoriques : la composition microbienne d’un bâtiment joue un rôle critique en santé publique, notamment dans la transmission de pathogènes, et dépend directement de la conception architecturale, de la ventilation et de l’occupation humaine. Ils appellent à intégrer cette donnée microbienne dans les politiques de conception des bâtiments, exactement la direction que prend le concept de Bâticament.

Bâticament : quand le bâtiment devient médicament

Le terme est une contraction volontaire de « bâtiment » et « médicament », construite sur le modèle des alicaments, ces aliments dont on a démontré qu’ils agissent positivement sur la santé. Le principe est identique : un logement n’est pas neutre. Il peut être un facteur de risque, humidité, moisissures, air pollué, ou, à l’inverse, un véritable levier actif de santé.

Bâticament (n.m.) un bâtiment conçu, entretenu et piloté comme un médicament environnemental : il réduit l’exposition aux agents délétères et favorise un microbiome intérieur compatible avec la santé de ses occupants.

Cette idée n’est pas un slogan marketing. Elle s’appuie sur une décennie de recherche convergente, que nous avons déjà documentée dans notre article sur le logement qui améliore la santé (étude du Lancet Public Health, mars 2026, sur 2 millions de personnes ; études Harvard COGfx sur les performances cognitives). Le microbiome du bâtiment apporte la dernière pièce du puzzle : il explique le mécanisme biologique précis par lequel un logement agit sur le corps.

Ce que révèlent les études sur le microbiome intérieur

Au-delà des deux synthèses citées plus haut, plusieurs études ciblées éclairent un par un les rouages de ce microbiome.

Diversité microbienne et conception architecturale

Une étude de Cambridge University Press (2024, « Growing indoor environmental infrastructure: designing for microbial diversity ») montre que les bâtiments sont des écosystèmes microbiens vivants, façonnés par l’humidité, les matériaux et la ventilation. Une mauvaise gestion de l’air intérieur réduit la diversité microbienne et favorise les micro-organismes problématiques, alors qu’une conception ou une rénovation pensée pour optimiser ce microbiome améliore mesurablement la santé des occupants.

Bâtiments anciens et scolaires

Une étude publiée dans « Sustainability » (MDPI, 2024) sur des bâtiments patrimoniaux et scolaires révèle une forte présence de moisissures dès que l’humidité est mal contrôlée, associée à des risques respiratoires accrus chez les enfants. Bonne nouvelle : la ventilation et le traitement de l’humidité réduisent significativement la charge fongique mesurée.

L’humidité, premier facteur de contamination

Une revue de « Frontiers in Public Health » (2023) le confirme : l’humidité est le premier facteur de prolifération microbienne (moisissures, bactéries hydrophiles), avec un effet direct sur les risques d’asthme, d’allergies et d’infections respiratoires. Les stratégies les plus efficaces restent les mêmes : ventilation, contrôle de l’humidité, matériaux sains et monitoring.

L’air intérieur agit jusque dans l’intestin

Une étude de la « Harvard T.H. Chan School of Public Health » (2023) va plus loin : améliorer la qualité de l’air intérieur ne réduit pas seulement les troubles respiratoires, elle modifie aussi positivement le microbiome intestinal, via ce que les chercheurs appellent l’axe poumon-intestin. L’air que nous respirons chez nous agit comme un véritable facteur de santé systémique.

L’humidité, chef d’orchestre du microbiome du bâtiment

Dans toutes ces études, un facteur revient sans cesse : l’humidité. C’est elle qui fait basculer un microbiome de bénin à problématique. Elle nourrit les moisissures, fait proliférer les bactéries hydrophiles et les acariens, et augmente la charge allergénique de l’air respiré. Nous détaillions, dans notre article sur le logement qui améliore la santé, les conséquences mesurées sur les articulations, le sommeil et la santé mentale et l’objectif recommandé par l’ADEME : une hygrométrie maintenue entre 40 et 60 %. Le microbiome du bâtiment donne aujourd’hui le mécanisme exact de ces effets : hors de cette fenêtre, l’écosystème microbien de votre logement change de nature.

Pro-inflammatoire ou pro-santé : deux destins possibles pour un même logement

La recherche dessine une frontière nette. Un bâtiment peut être :

  • pro-inflammatoire : humidité non maîtrisée, moisissures visibles ou cachées, composés organiques volatils (COV), ventilation insuffisante ;
  • ou pro-santé : humidité maîtrisée entre 40 et 60 %, qualité de l’air optimisée, matériaux à faible émission de COV, ventilation adaptée aux usages.

Entre ces deux états, ce ne sont pas les murs qui changent, c’est leur microbiome. Et c’est précisément ce territoire, entre humidité maîtrisée et air sain, qu’occupe le Bâticament.

Comment transformer son logement en Bâticament

① Diagnostiquer avant d’agir : hygromètre pour l’humidité, capteur de CO₂ pour la ventilation : ces deux mesures simples révèlent déjà l’état du microbiome de votre logement. Un diagnostic professionnel de la qualité de l’air intérieur va plus loin et identifie les zones à risque (salle de bain, cuisine, murs en rez-de-chaussée).

② Traiter l’humidité à la source : pas de solution cosmétique : drainage, étanchéité, déshumidification ciblée. Tant que la source d’humidité persiste, le microbiome reste défavorable, quels que soient les efforts de ménage ou de purification de l’air.

③ Ventiler intelligemment :  une VMC bien dimensionnée renouvelle l’air et évacue en continu l’humidité produite par la cuisine, la douche ou le séchage du linge. C’est le levier le plus direct pour faire évoluer la composition microbienne de l’air intérieur.

④ Choisir des matériaux sains :  peintures faibles en COV, isolants naturels (liège, laine de bois) : chaque matériau influence le microbiome qui s’installera sur ses surfaces.

⑤ Suivre dans le temps : le microbiome d’un logement n’est pas figé : il évolue avec les saisons, les usages, le nombre d’occupants. Un suivi régulier (capteurs, visites de contrôle) permet de maintenir le logement dans sa version « Bâticament » durablement.

Questions fréquentes sur le microbiome du bâtiment

Qu’est-ce que le Bâticament ?

Le Bâticament est un néologisme désignant un bâtiment conçu, entretenu et piloté comme un médicament environnemental : il réduit l’exposition aux agents délétères (humidité, moisissures, polluants) et favorise un microbiome intérieur compatible avec la santé de ses occupants.

Le microbiome du bâtiment peut-il être dangereux ?

Oui, lorsqu’il est déséquilibré par l’humidité, le manque de ventilation ou des matériaux polluants : il favorise alors moisissures, bactéries hydrophiles et allergènes, associés à l’asthme, aux allergies et aux infections respiratoires. À l’inverse, un microbiome équilibré (logement sec, ventilé, sain) est associé à de meilleurs résultats de santé.

Quelle différence avec le « syndrome du bâtiment malsain » ?

Le syndrome du bâtiment malsain (sick building syndrome) décrit un ensemble de symptômes, fatigue, irritations, maux de tête, liés à un environnement intérieur dégradé. Le microbiome du bâtiment en est l’un des mécanismes biologiques sous-jacents les mieux documentés depuis 2023.

Comment savoir si l’air de mon logement est sain ?

Trois indicateurs simples : une hygrométrie entre 40 et 60 %, un taux de CO₂ sous 800 ppm dans les pièces fermées, et l’absence de moisissures visibles ou d’odeurs d’humidité. Un diagnostic professionnel de la qualité de l’air intérieur permet d’aller plus loin.

Votre logement n’est pas qu’un abri, c’est un Bâticament

L’étude du Lancet Public Health de mars 2026, que nous détaillions dans notre article sur le logement qui améliore la santé, démontrait qu’améliorer un logement réduit l’asthme infantile, sans médicament ni consultation supplémentaire. Le microbiome du bâtiment explique pourquoi : en asséchant l’air, en ventilant correctement, en choisissant des matériaux sains, on ne fait pas que « rénover », on transforme l’écosystème microbien dans lequel vivent ses occupants, plusieurs heures par jour, toute l’année.

Ce n’est pas une promesse marketing. C’est une science qui converge, publiée dans des revues à comité de lecture, des Pays-Bas à Harvard. Le Bâticament n’est pas un concept abstrait : c’est une réalité microbiologique mesurable, qui commence, comme souvent, par une question simple : quel est le taux d’humidité de votre logement ?

Pour aller plus loin sur les preuves scientifiques du lien logement-santé (étude du Lancet, performances cognitives, sommeil, articulations), retrouvez notre article « le logement améliore la santé ».

Sources scientifiques

  • The indoors microbiome and human health — Nature Reviews Microbiology, 2024
  • Microbiomes of the built environment: a systematic literature review — Frontiers in Built Environment, août 2025
  • Growing indoor environmental infrastructure: designing for microbial diversity — Cambridge University Press, 2024
  • Integrated Analysis of Indoor Air Quality and Fungal Microbiota in Educational Heritage Buildings — Sustainability / MDPI, 2024
  • A comprehensive review of microbial contamination in the indoor environment — Frontiers in Public Health, 2023
  • Cleaner indoor air helps breathing, alters gut microbiome — Harvard T.H. Chan School of Public Health, 2023
  • Roberdel et al. — The Lancet Public Health, 12 mars 2026 (cité via notre article « le logement améliore la santé »)
  • ADEME — recommandations d’hygrométrie intérieure (40-60 %)