Cave, sous-sol, garage : pourquoi un mur enterré n'est jamais « normalement humide »

Vous descendez à la cave. Aussitôt, l’odeur vous saute au nez. Un voile blanc court en bas des murs, et le carton posé au sol s’est ramolli. Puis vient la phrase qui clôt le sujet depuis toujours : « c’est normal, c’est une cave ».

Or cette phrase est fausse. Un mur enterré sec existe, et c’est même la règle dans une construction correctement conçue. Autrement dit, l’humidité d’une cave n’est pas une fatalité géologique. C’est un symptôme.

L’Institut Maison Saine consacre cet article aux pièces enterrées, car aucune ne ressemble aux autres pièces du logement. Ici, en effet, le mur touche directement le terrain. Ainsi, les mécanismes changent, les bons gestes changent, et certains réflexes de bon sens aggravent activement la situation.

L’essentiel en six points

  • Un mur enterré subit la poussée de l’eau du terrain, ce qu’aucun mur de façade ne connaît jamais. Le mécanisme n’est donc pas comparable.
  • Dans le bâti d’avant les années 1950, il n’existe généralement aucune coupure de capillarité. Par conséquent, l’eau du sol monte librement dans la maçonnerie.
  • Aérer une cave par une belle journée d’été aggrave pourtant l’humidité. Car l’air extérieur chaud condense immédiatement sur des parois restées à 12 ou 15 °C.
  • La bonne fenêtre d’aération se situe plutôt la nuit, tôt le matin, ou en hiver. À ce moment, en effet, l’air entrant est plus froid et plus sec que la paroi.
  • Tout ce qui contient de la cellulose sert par ailleurs de nourriture aux moisissures : carton, papier, bois, textiles. Il faut donc les sortir d’une pièce enterrée humide.
  • Une pièce enterrée humide ne devient donc jamais une chambre. En revanche, elle peut redevenir un local sain, à condition de traiter la cause et non la tache.

Un mur enterré ne travaille pas comme un mur de façade

Un mur de façade sèche, un mur enterré non

Un mur de façade reçoit de la pluie, puis il sèche. Le vent, le soleil et l’air libre évacuent en effet l’eau qu’il a prise. Ce cycle d’humidification et de séchage fait donc partie de son fonctionnement normal.

En revanche, un mur enterré ne sèche jamais par l’extérieur. Sa face arrière est plaquée contre de la terre humide, en permanence, été comme hiver. Dès lors, la seule face par laquelle il peut évacuer de l’eau est celle qui donne dans la cave.

Voilà pourquoi le même défaut de conception produit une tache passagère sur une façade, et une cave humide pendant trente ans.

La pression du terrain, cette force qu’on oublie

Après une pluie, l’eau s’infiltre d’abord dans le sol. Puis, si le terrain draine mal, elle s’accumule contre le mur enterré et forme ce qu’on appelle une nappe perchée. Cette eau pousse alors sur la paroi.

On parle alors de pression hydrostatique. Elle croît notamment avec la hauteur d’eau accumulée. Concrètement, à un mètre sous le niveau de cette eau, la pression sur la paroi atteint déjà une tonne par mètre carré. À deux mètres, elle double.

Cette pression change tout. En effet, elle ne se contente pas de mouiller le mur : elle pousse l’eau à travers la moindre fissure, le moindre joint fatigué, le moindre point faible du béton. Ainsi, un enduit posé côté intérieur finit toujours par cloquer, puis par se décoller en plaques.

C’est la raison d’être des travaux dits de cuvelage, encadrés en France par la norme NF DTU 14.1. Concrètement, un cuvelage crée une enveloppe étanche capable de résister à cette poussée. Toutefois, il s’agit d’une intervention lourde, à réserver aux situations où l’eau est réellement sous pression.

Dans l’ancien, il n’existe souvent aucune coupure de capillarité

Passons au second mécanisme, plus discret mais bien plus répandu. Une maçonnerie ancienne se comporte comme un buvard. En effet, ses pores très fins aspirent l’eau du sol et la font monter contre la gravité.

Pour empêcher ce phénomène, la construction moderne intègre une barrière étanche horizontale au bas des murs. On l’appelle également arase étanche, ou coupure de capillarité. Or, dans le bâti d’avant les années 1950, cette barrière est le plus souvent absente.

Résultat : l’eau du terrain monte librement dans le mur. Elle grimpe jusqu’à ce que l’évaporation en surface compense l’apport, ce qui produit une bande d’humidité de hauteur régulière. En chemin, elle transporte aussi les sels minéraux du sol, qui cristallisent en surface. Ce voile blanc et poudreux porte donc un nom familier : le salpêtre.

Le salpêtre constitue donc un marqueur fiable. En revanche, il ne s’agit ni de condensation, ni d’une infiltration ponctuelle. C’est la signature d’une remontée capillaire, et notre article sur les signes d’humidité détaille les autres marqueurs à repérer.

« C’est normal, c’est une cave » : l’idée reçue qui coûte cher

Ce qui est normal, et ce qui ne l’est pas

Une cave est naturellement plus fraîche que le reste du logement, et son humidité relative y est également plus élevée. Sur ce point, l’idée reçue dit donc vrai. Une hygrométrie de 60 à 70 % dans une cave non chauffée ne constitue pas une anomalie en soi.

En revanche, tout le reste relève du symptôme. Voici précisément la ligne de partage.

Ce qui est normal dans une cave

Ce qui signale un problème à traiter

Une température fraîche et stable toute l’année

Des murs froids au toucher et mouillés

Une humidité relative plus élevée qu’à l’étage

Du salpêtre, un voile blanc poudreux, des efflorescences

Une légère odeur de terre ou de pierre

Une odeur de moisi ou de renfermé qui persiste

Des parois sèches au toucher

Un enduit qui cloque, une peinture qui se décolle en plaques

Aucune tache visible

Des taches noires, vertes ou blanches sur les murs ou les objets

Un carton resté sec après plusieurs mois

Un carton ramolli, gondolé, des étiquettes qui se décollent

Pourquoi cette idée reçue est coûteuse

Elle retarde le diagnostic, et ce retard a un prix. En effet, pendant qu’on accepte la situation, l’eau continue son travail dans la maçonnerie. Ainsi, les sels s’accumulent, les enduits se dégradent, et le bois présent dans la pièce se charge en humidité.

Surtout, la cave ne reste pas confinée. Les mouvements d’air intérieurs transportent les spores vers les étages, comme nous l’avons expliqué dans notre article sur le fait que les murs humides sont contagieux. Une simple porte de cave ouvrant sur une cage d’escalier suffit d’ailleurs à diffuser l’air chargé vers le logement.

Enfin, un mur humide conduit mieux la chaleur qu’un mur sec. C’est un point que nous avons développé dans notre article sur humidité et facture de chauffage. Un sous-sol humide sous une maison chauffée pèse donc aussi sur la consommation.

Le paradoxe de l’été : aérer une cave par 30 °C l’inonde

Voici le point le plus contre-intuitif de cet article. Surtout, il mérite d’être compris avant d’ouvrir le prochain soupirail.

Pourquoi la paroi reste à 12 ou 15 °C toute l’année

Le terrain est en effet un formidable amortisseur thermique. Le BRGM le rappelle : dès les premiers mètres sous la surface, la température échappe aux fluctuations saisonnières et reste stable pour une profondeur donnée.

Un mur enterré est donc thermiquement accroché au terrain, pas à l’air extérieur. Pendant que l’air passe de 2 °C en février à 32 °C en août, la paroi reste dans une plage étroite. Comptez ainsi un ordre de grandeur de 12 à 16 °C selon la région et la profondeur.

Cette paroi est donc plus chaude que l’air extérieur en hiver. L’été, elle devient nettement plus froide. Et c’est précisément là que le piège se referme.

Ce que fait l’air chaud quand il entre

Reprenons d’abord le principe fondamental. L’air chaud transporte beaucoup plus de vapeur d’eau que l’air froid. Quand un air chaud et chargé rencontre une surface froide, il ne peut plus porter toute son eau. Il la dépose donc sur la paroi.

Prenons un air extérieur à 25 °C et 60 % d’humidité. Son point de rosée s’établit à 16,7 °C. Autrement dit, il condense sur toute surface plus froide que 16,7 °C. Or votre mur de cave est à 13 °C. La condensation est donc immédiate et massive.

Pire encore : plus la journée est belle, plus le phénomène est violent. Voici donc les chiffres.

Air extérieur admis dans la cave

Point de rosée de cet air

Effet sur une paroi enterrée à 13 °C

30 °C, 60 % d’humidité (canicule)

21,4 °C

Condensation forte, ruissellement possible

28 °C, 70 % d’humidité (orage d’été)

22,0 °C

Condensation forte

25 °C, 60 % d’humidité (belle journée)

16,7 °C

Condensation nette

20 °C, 75 % d’humidité (matinée douce)

15,4 °C

Condensation légère

5 °C, 80 % d’humidité (hiver)

1,8 °C

Aucune condensation, l’air assèche

0 °C, 90 % d’humidité (hiver humide)

-1,4 °C

Aucune condensation, l’air assèche

Regardez maintenant les deux dernières lignes. Cet air d’hiver semble très humide, puisqu’il affiche 80 ou 90 % d’humidité relative. Pourtant, il contient très peu d’eau en valeur absolue. Or, une fois réchauffé à 13 °C dans la cave, son humidité relative retombe à 47 %, voire 37 %. Il devient alors un puissant agent d’assèchement.

Quand faut-il aérer une cave, alors

La règle tient en une phrase : aérez quand l’air extérieur est plus froid que vos murs.

En pratique, cela donne quatre repères :

  1. En hiver, aérez largement. C’est en effet la meilleure saison pour assécher une cave, y compris par temps de pluie.
  2. En été, aérez plutôt la nuit ou tôt le matin, avant le lever du soleil. Vingt minutes suffisent, puis refermez.
  3. Par temps de canicule ou d’orage, gardez les soupiraux fermés en journée. Ouvrir alors revient à injecter de l’eau.
  4. En demi-saison, fiez-vous au ressenti : si l’air extérieur vous paraît plus doux que la cave, ne l’y faites pas entrer.

Un thermomètre-hygromètre à quelques euros transforme d’ailleurs cette règle en donnée observable. Placez-en donc un dans la cave, et comparez avec la météo avant d’ouvrir.

Faut-il un déshumidificateur

Un déshumidificateur électrique abaisse certes réellement l’humidité de l’air d’une pièce fermée. À ce titre, il rend service dans une cave où l’on stocke des objets sensibles.

Toutefois, il ne retire pas l’eau contenue dans la maçonnerie. Ainsi, face à une remontée capillaire active, il fonctionnera en continu sans jamais gagner. Sa consommation électrique devient alors une rente versée au problème plutôt qu’une solution.

La même remarque vaut pour le purificateur d’air. Il capte notamment une partie des spores en suspension, ce qui reste utile. En revanche, il n’agit ni sur l’eau du mur, ni sur les colonies installées.

Ce qu’on peut stocker dans une cave, et ce qu’on ne peut pas

La règle : la cellulose est un aliment

Les moisissures se nourrissent en effet de matière organique. Or la cellulose figure en tête de leur menu. Carton, papier, bois, coton, lin, colles végétales : tous ces matériaux constituent un support de croissance dès que l’humidité de surface dépasse le seuil.

Voilà pourquoi une cave humide dégrade d’abord les cartons, les livres et les vêtements, avant d’attaquer les murs eux-mêmes. Ces objets sont tout simplement plus nourrissants que la pierre.

Le tableau du stockage

À stocker sans problème

À sortir d’une pièce enterrée humide

Bouteilles en verre, conserves métalliques

Cartons, archives, livres, photographies

Outillage métallique huilé, quincaillerie

Vêtements, linge de maison, textiles d’ameublement

Matériaux inertes : carrelage, pierre, métal

Meubles en bois, meubles en aggloméré ou en médium

Bacs plastiques fermés à joint

Matelas, coussins, tapis, moquettes roulées

Vin en cave dédiée et suivie

Instruments de musique, matériel électronique, appareils photo

Vélos et outils de jardin métalliques

Sacs de terreau ouverts, plantes en pot, bois de chauffage

Deux précisions méritent d’être ajoutées. Le bois de chauffage stocké en cave humide s’y charge en eau au lieu de sécher, puis il brûle mal et encrasse le conduit. Quant au terreau, il représente une source concentrée de spores fongiques, comme nous l’avons signalé à propos des plantes d’intérieur.

Trois règles de rangement qui ne coûtent rien

  1. Ne stockez jamais à même le sol. En pratique, une palette, une étagère métallique ou quelques cales suffisent à créer une lame d’air sous les objets.
  2. Décollez les rangements des murs. Cinq à dix centimètres suffisent notamment pour que l’air circule derrière et réchauffe la paroi.
  3. Préférez les bacs plastiques fermés aux cartons. En effet, le plastique ne nourrit pas les moisissures, et le joint protège le contenu.

Ces trois gestes ne traitent pas la cause. Cependant, ils limitent les dégâts pendant que vous organisez le diagnostic.

La buanderie enterrée, le pire des cas

Une buanderie installée en sous-sol cumule notamment les deux problèmes de cet article. La paroi y est froide en permanence. Et l’activité qui s’y déroule produit de la vapeur d’eau en quantité.

Une lessive étendue libère en effet dans l’air toute l’eau que l’essorage n’a pas retirée. Or, dans une pièce fermée et froide, cette vapeur ne va nulle part. Elle se dépose sur les murs, puisqu’ils sont les surfaces les plus froides disponibles.

Le ministère de la Santé recommande de « faire sécher le linge à l’extérieur ou dans une pièce bien ventilée ». De son côté, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes conseille de « raccorder le sèche-linge à un conduit d’évacuation donnant sur l’extérieur ».

Trois consignes en découlent pour une buanderie enterrée :

  • Raccordez impérativement le sèche-linge vers l’extérieur, ou choisissez un modèle à condensation avec évacuation.
  • N’étendez pas de linge dans la pièce sans extraction mécanique fonctionnelle.
  • Faites enfin vérifier l’extraction. Nos guides sur les bonnes pratiques de ventilation et sur l’entretien de la VMC détaillent les points de contrôle.

Le garage enterré ajoute deux risques

L’humidité que la voiture apporte

Une voiture qui rentre sous la pluie apporte en effet plusieurs litres d’eau. Cette eau s’évapore ensuite dans un volume fermé et froid. Le phénomène est bien connu des propriétaires de garages en sous-sol, où la condensation ruisselle parfois sur les murs en hiver.

Là encore, la ventilation est la réponse, mais elle doit suivre la règle saisonnière énoncée plus haut.

Le monoxyde de carbone et les produits stockés

Un garage enterré pose aussi une question de sécurité, indépendante de l’humidité. En effet, un moteur qui tourne dans un volume mal ventilé produit du monoxyde de carbone, gaz inodore et mortel. Ne laissez jamais un moteur tourner porte fermée, même quelques minutes.

Par ailleurs, les produits couramment stockés dans un garage émettent des composés organiques volatils : peintures, solvants, colles, carburants, produits d’entretien. Or, dans une pièce enterrée mal ventilée, ces émissions s’accumulent. Elles se diffusent ensuite vers le logement si une porte communique.

La règle est donc simple. Stockez ces produits fermés, dans un local ventilé, et jamais dans un espace qui communique directement avec une pièce de vie.

Radon : le risque que l’humidité fait oublier

Pourquoi les caves concentrent le radon

Le radon est d’abord un gaz radioactif naturel issu du sous-sol. Il pénètre dans les bâtiments par les fissures et par les passages de canalisations à travers les dalles et les planchers. Ensuite, il s’accumule dans les caves et les vides sanitaires avant de se diffuser vers les pièces habitées.

Les pièces enterrées sont donc les premières concernées, par construction. Ainsi, une cave fissurée et peu ventilée réunit exactement les conditions d’accumulation.

Les chiffres méritent d’ailleurs d’être connus. L’autorité française en charge du sujet retient un niveau de référence de 300 becquerels par mètre cube en moyenne annuelle dans les logements. Elle attribue par ailleurs environ 3 000 des 30 000 décès annuels par cancer du poumon en France à l’exposition au radon, soit près de 10 %.

L’Institut Maison Saine a consacré plusieurs articles à ce sujet, dont un sur le lien entre radon et leucémie de l’enfant et un sur la journée nationale du radon.

Le piège : étancher sans ventiler

Voici pourquoi ce sujet appartient à un article sur les murs enterrés. Les deux leviers de réduction du radon sont l’étanchement entre le sol et le bâtiment, et le renforcement de la ventilation. Surtout, ils fonctionnent ensemble.

Or, face à une cave humide, le réflexe fréquent consiste à colmater et à fermer. On bouche donc les soupiraux pour « garder la cave au sec », puis on applique un enduit sur les murs. Or cette combinaison réduit le renouvellement d’air sans traiter l’entrée du gaz.

Autrement dit, une cave calfeutrée pour cause d’humidité peut devenir une cave qui concentre le radon. La ventilation reste indispensable, à condition de l’organiser à la bonne saison et au bon moment de la journée.

Quand la pièce devient inhabitable

Ce que dit le décret sur le logement décent

Le décret du 30 janvier 2002 fixe les caractéristiques du logement décent. Trois de ses exigences concernent notamment les pièces enterrées.

D’abord, le gros œuvre « protège les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d’eau ». Une remontée capillaire active dans une pièce louée comme habitable contrevient donc à ce texte.

Ensuite, les dispositifs de ventilation doivent être « en bon état » et permettre « un renouvellement de l’air ». Or un soupirail bouché ne satisfait pas cette exigence.

Enfin, une pièce principale doit offrir « une surface habitable au moins égale à 9 mètres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres », ou bien un volume habitable d’au moins 20 mètres cubes. Ainsi, beaucoup de sous-sols échouent déjà sur ce seul critère de hauteur.

Si vous êtes locataire, notre article sur les obligations du bailleur face à un logement humide détaille les démarches possibles.

Les trois signaux d’arrêt

Certaines situations imposent de cesser tout usage prolongé de la pièce, sans attendre le diagnostic :

  • De l’eau libre au sol après chaque pluie. Dans ce cas, la pièce est en communication directe avec la nappe ou avec un réseau défaillant.
  • Une odeur de moisi qui persiste malgré l’aération. En effet, une colonie active se développe quelque part, souvent hors de vue. Les travaux sur les moisissures invisibles et sur le microbiome du bâtiment documentent cette flore cachée.
  • Un champignon à filaments blancs ou bruns sur du bois. Il peut s’agir de mérule, et ce cas relève d’un professionnel sans délai.

Pour les personnes fragiles, la prudence s’impose plus tôt encore. Ainsi, les enfants asthmatiques, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées ne devraient pas séjourner durablement dans une pièce enterrée humide. Notre article sur le lien entre moisissures et asthme explique pourquoi.

Transformer un sous-sol en pièce à vivre

La question revient souvent, et la réponse tient en une séquence. Traiter d’abord, aménager ensuite. Jamais l’inverse.

Aménager par-dessus un mur humide produit en effet un désastre différé. Le doublage isolant piège l’humidité contre la paroi, la colonie pousse derrière la plaque, et rien ne se voit pendant deux ans. Notre article sur une isolation mal conçue décrit ce mécanisme dans le logement en général. En pièce enterrée, il est plus rapide et plus sévère.

Traiter un mur enterré : ce qui marche, ce qui ne marche pas

Ce qui ne marche pas

Trois solutions séduisantes échouent régulièrement, parce qu’elles s’attaquent à la surface et non à l’eau.

  • La peinture ou l’enduit dit hydrofuge appliqué côté intérieur. Face à une pression hydrostatique, il finit toujours par cloquer et se décoller. De plus, il bloque l’évaporation, ce qui pousse l’humidité à monter plus haut dans le mur.
  • Le doublage isolant posé sur un mur humide. Il masque en effet le problème et crée un espace clos, sombre et humide, propice au développement fongique.
  • Le nettoyage seul. Le nettoyage des moisissures retire ce qui est visible. En revanche, il ne retire pas l’eau du support, et la colonie repart.

Ce qui marche

L’ordre compte ici autant que les techniques. Voici donc la séquence.

  1. Poser le diagnostic. Trois origines possibles, trois traitements différents : infiltration sous pression, remontée capillaire, ou condensation. Elles se cumulent d’ailleurs souvent. Notre test d’auto-diagnostic donne une première orientation en quelques minutes.
  2. Éloigner l’eau du mur. Gouttières, regards, pente du terrain, drainage périphérique : c’est souvent l’étape la moins chère et la plus efficace. Vérifiez d’abord ce qui se passe dehors.
  3. Couper la capillarité si elle est en cause. Il s’agit de recréer la barrière horizontale absente, par injection dans la maçonnerie.
  4. Étancher sous pression si l’eau est sous pression. C’est alors le domaine du cuvelage, encadré par la norme NF DTU 14.1.
  5. Ventiler correctement. En revanche, la ventilation ne remplace aucune des étapes précédentes. Elle les accompagne, et elle sert aussi à limiter le radon.
  6. Nettoyer en dernier, une fois le support sec.

La mérule, le scénario à ne pas laisser s’installer

La mérule est en effet un champignon lignivore qui se développe dans les constructions humides et mal aérées. Elle progresse en particulier après un dégât des eaux, dans des locaux peu fréquentés et peu entretenus. Or une cave répond malheureusement à cette description.

Les conséquences sont structurelles, puisque la mérule dégrade le bois de charpente et de plancher. Elles sont aussi juridiques. En effet, l’occupant, ou à défaut le propriétaire, doit déclarer en mairie la présence de mérule dans le mois qui suit le constat. Par ailleurs, en zone délimitée par arrêté préfectoral, l’information doit être annexée à la promesse de vente.

Autrement dit, laisser une cave humide se dégrader n’est pas un choix sans conséquence sur la valeur du bien.

Questions fréquentes

Est-il normal qu’une cave soit humide ?

Une cave est naturellement plus fraîche et plus humide que le reste du logement. Toutefois, le constat s’arrête là. Le salpêtre, les taches de moisissure, l’enduit qui cloque, les cartons ramollis et l’odeur de moisi persistante ne relèvent pas du normal. Ce sont au contraire des symptômes d’une eau qui entre dans le mur ou qui condense dessus. Un mur enterré sec existe, et c’est même la règle dans une construction bien conçue.

Faut-il aérer une cave en été ?

Surtout pas en journée. Un air extérieur à 25 °C et 60 % d’humidité a un point de rosée de 16,7 °C, alors qu’un mur enterré reste autour de 13 °C. L’air condense donc immédiatement sur la paroi, et l’aération aggrave l’humidité au lieu de la réduire. Aérez plutôt la nuit ou tôt le matin, pendant une vingtaine de minutes. En hiver, en revanche, aérez largement : l’air froid entrant assèche efficacement.

Pourquoi ma cave est-elle plus humide en été qu’en hiver ?

Parce que l’écart de température entre l’air extérieur et la paroi enterrée est maximal en été. La paroi reste stable autour de 12 à 16 °C toute l’année, tandis que l’air estival monte à 25 ou 30 °C en portant beaucoup de vapeur d’eau. Chaque ouverture de soupirail apporte alors de l’eau qui se dépose sur les murs. En hiver, le rapport s’inverse et l’air entrant assèche.

Peut-on stocker des cartons dans une cave ?

Mieux vaut l’éviter, car le carton pose deux problèmes. Le carton est un matériau cellulosique, c’est-à-dire une source de nourriture directe pour les moisissures. Il absorbe l’humidité, se ramollit, puis se colonise. Préférez des bacs plastiques fermés, posés sur une étagère métallique ou sur des palettes, et décollés des murs de cinq à dix centimètres.

Comment reconnaître une remontée capillaire dans une cave ?

En pratique, trois signes la trahissent. D’abord, l’humidité part du sol et monte en bande de hauteur régulière. Ensuite, un voile blanc et poudreux apparaît en surface : c’est le salpêtre, formé par les sels du sol transportés par l’eau. Enfin, la peinture cloque et les plinthes ou enduits se décollent en partie basse. À l’inverse, une condensation se manifeste plutôt en haut des murs et sur les surfaces les plus froides.

Un déshumidificateur suffit-il pour une cave humide ?

Non, sauf cas particulier. Certes, un déshumidificateur abaisse l’humidité de l’air d’une pièce fermée, ce qui protège les objets stockés. Cependant, il ne retire pas l’eau contenue dans la maçonnerie. Face à une remontée capillaire ou à une infiltration sous pression, il tournera en permanence sans jamais régler la cause. Considérez-le comme un accompagnement, jamais comme un traitement.

Peut-on transformer un sous-sol en chambre ?

Seulement après traitement, et sous conditions. Le décret sur le logement décent impose une protection contre les remontées d’eau, une ventilation en état de marche, et une pièce principale d’au moins 9 m² avec 2,20 m sous plafond. Or beaucoup de sous-sols échouent déjà sur la hauteur. Surtout, aménager par-dessus un mur humide piège l’humidité derrière le doublage et déplace le problème hors de vue.

La mérule peut-elle venir d’une cave ?

Oui, et c’est même un point de départ classique. Ce champignon se développe dans les constructions humides et mal aérées, en particulier après un dégât des eaux et dans des locaux peu fréquentés. Ensuite, il attaque le bois de plancher et de charpente. Devant des filaments blancs ou bruns sur du bois en cave, faites intervenir un professionnel sans délai. Une obligation de déclaration en mairie existe par ailleurs.

Une pièce enterrée se diagnostique comme les autres

Un mur enterré obéit à des règles particulières, mais il obéit à des règles. En effet, la poussée du terrain, l’absence de coupure de capillarité et la stabilité thermique du sol expliquent presque tout ce que vous observez à la cave.

Surtout, ces trois mécanismes se mesurent et se traitent. Ainsi, la phrase « c’est normal, c’est une cave » ne décrit pas une réalité physique. Elle décrit un diagnostic que personne n’a encore fait.

C’est la raison d’être de l’Institut de la Maison Saine : rendre visibles les risques liés à l’humidité et diffuser des solutions concrètes, pour que chacun puisse respirer dans un bâtiment sain. Une cave humide se diagnostique et se traite, exactement comme un mur de façade.

Sources