Condensation, infiltration ou remontée capillaire : reconnaître l'origine
En soi, une tache d’humidité sur un mur ne dit rien. Trois mécanismes très différents produisent en effet des marques qui se ressemblent beaucoup. Or ces trois mécanismes appellent trois traitements qui n’ont rien en commun.
Voilà pourquoi tant de chantiers ratent leur cible. On ventile un mur qui souffre de capillarité, on injecte une maçonnerie qui souffre de condensation, ou bien on refait un enduit alors que l’eau arrive par la toiture. Dans les trois cas, la dépense est réelle et le résultat nul.
L’Institut Maison Saine propose donc ici une méthode d’observation. Elle repose uniquement sur ce que vous voyez, touchez et sentez, c’est-à-dire sans aucun appareil. Ensuite, un test gratuit permet de trancher en 48 heures.
L’essentiel en six points
- Trois origines seulement expliquent l’immense majorité des murs humides, à savoir la condensation, l’infiltration et la remontée capillaire.
- La hauteur de la tache constitue d’abord le premier indice. Une bande basse oriente vers la capillarité, alors qu’un angle ou un haut de mur oriente vers la condensation.
- La saisonnalité constitue ensuite le deuxième indice. La condensation est « essentiellement hivernale » selon l’Agence Qualité Construction, tandis qu’une infiltration suit la pluie.
- Le contour renseigne également. Une trace « frangée ou ondulée » signe la capillarité, alors qu’une auréole nette et directionnelle signe l’infiltration.
- Un test gratuit tranche enfin entre l’eau qui vient de l’air et l’eau qui vient du mur. Concrètement, il suffit d’un carré de film plastique et de 48 heures d’attente.
- Deux causes se cumulent d’ailleurs souvent. Par conséquent, traiter la plus visible sans chercher l’autre laisse le problème actif.
Pourquoi le diagnostic passe avant tout le reste
Trois causes, trois traitements sans recouvrement
Regardons d’abord ce qui sépare ces trois mécanismes. En effet, la condensation vient de l’air de la pièce, l’infiltration vient de l’extérieur du bâtiment, et la remontée capillaire vient du sol. Autrement dit, l’eau n’emprunte pas le même chemin.
Par conséquent, les traitements ne se recoupent pas non plus. Ainsi, ventiler mieux n’assèche pas une maçonnerie gorgée d’eau. De même, injecter une barrière étanche ne change rien à un excès de vapeur d’eau dans l’air. Enfin, refaire une façade ne corrige aucun de ces deux problèmes.
Ce que coûte une erreur de diagnostic
Le tableau suivant montre donc ce qui se passe quand on applique le bon traitement au mauvais problème.
Traitement appliqué | La cause est une condensation | Une infiltration est en cause | Le mur subit une remontée capillaire |
Ventilation renforcée | Efficace, c’est le bon levier | Sans effet sur l’entrée d’eau | Réduit un peu les symptômes, sans traiter la cause |
Injection d’une barrière étanche | Dépense inutile, aucun effet | Dépense inutile, aucun effet | Efficace, c’est le bon levier |
Reprise d’étanchéité en façade | Dépense inutile, aucun effet | Efficace, c’est le bon levier | Aggravant si l’enduit bloque l’évaporation |
Enduit hydrofuge côté intérieur | Masque la tache quelques mois | Cloque puis se décolle | Aggravant, l’eau monte plus haut |
Doublage isolant posé par-dessus | Déplace la colonie derrière la plaque | Piège l’eau contre la paroi | Piège l’eau contre la paroi |
Regardez maintenant la dernière colonne. L’Agence Qualité Construction le rappelle : un revêtement imperméable empêche l’évaporation près du sol, ce qui force l’humidité « toujours plus haut pour trouver une surface d’évaporation suffisante ». Ainsi, un traitement de surface mal choisi ne se contente pas d’être inutile. Au contraire, il étend la zone touchée.
L’arbre de décision en quatre questions
Voici donc la méthode. Répondez aux quatre questions dans l’ordre, puis comptez les indices en faveur de chaque origine.
Question 1 : à quelle hauteur la tache commence-t-elle ?
C’est en effet l’indice le plus discriminant, et il ne coûte rien à observer.
- La tache part du sol et forme une bande horizontale. Sa hauteur est régulière sur toute la longueur du mur, généralement entre 30 cm et 1,50 m. Dans ce cas, orientation : remontée capillaire.
- La tache occupe un angle, un haut de mur, une cueillie de plafond ou l’arrière d’un meuble. Ainsi, orientation : condensation. L’AQC situe d’ailleurs précisément ces désordres sur les « cueillies de plafonds, encoignures des cloisons, parois des penderies ».
- La tache est isolée au milieu du mur, en hauteur, ou sous un appui de fenêtre. Par conséquent, orientation : infiltration.
Question 2 : à quel moment apparaît-elle ?
Passons ensuite au calendrier, qui est presque aussi parlant que la hauteur.
- Elle apparaît en saison de chauffe et s’atténue en été. Donc, orientation : condensation. En effet, le phénomène est « essentiellement hivernal » selon l’AQC.
- Elle apparaît quelques heures à quelques jours après une pluie, surtout par vent d’une direction donnée. De ce fait, orientation : infiltration.
- Elle est présente toute l’année, simplement plus visible en hiver. Ainsi, orientation : remontée capillaire. En effet, l’évaporation ralentit quand il fait froid, donc la bande monte.
Question 3 : quelle est la forme du contour ?
Observez ensuite la limite entre la zone humide et la zone saine.
- Le contour est irrégulier, ondulé, comme une frange. Dès lors, orientation : remontée capillaire. L’AQC décrit d’ailleurs exactement des « traces frangées ou ondulées », avec une zone basse « plus sombre que la partie située au-dessus ».
- Le contour est net, sombre, souvent en forme d’auréole avec une direction d’écoulement visible. Donc, orientation : infiltration.
- Le contour est diffus et suit la géométrie du bâti, c’est-à-dire une arête, une ligne de plafond, la trace d’un linteau. Par conséquent, orientation : condensation.
Question 4 : que voit-on et que sent-on de près ?
Approchez-vous enfin du mur, et utilisez la main autant que l’œil.
- Un voile blanc, poudreux, qui s’effrite sous le doigt. En clair, il s’agit d’efflorescences salines, familièrement appelées salpêtre. Ainsi, orientation : remontée capillaire.
- Des points ou plaques noires, vertes ou blanches duveteuses, plus une odeur de renfermé. Cette fois, il s’agit de moisissures. En pratique, orientation : condensation, dans la grande majorité des cas.
- Une coulure, un dépôt de poussière lavée, ou une trace descendante depuis un point haut. Dans ce cas, orientation : infiltration.
Le tableau de synthèse
Voici enfin les onze critères réunis. Cochez mentalement chaque ligne, puis regardez quelle colonne domine.
Critère observable | Condensation | Infiltration | Remontée capillaire |
Hauteur de la tache | Angles, haut de mur, plafond, derrière les meubles | Zone isolée, souvent en hauteur ou près d’une ouverture | Bande basse partant du sol, hauteur régulière |
Forme du contour | Diffus, suit la géométrie du bâti | Net et directionnel, avec sens d’écoulement | Frangé ou ondulé |
Saison | Essentiellement hivernale | Après une pluie, parfois avec un vent dominant | Toute l’année, plus marquée en hiver |
Évolution dans la journée | Pire au réveil, s’atténue en journée | Aucune variation journalière | Aucune variation journalière |
Dépôt en surface | Moisissures noires ou vertes | Poussière lavée, coulures, parfois rouille | Voile blanc poudreux, efflorescences |
Toucher du mur | Froid, parfois humide en surface seulement | Mouillé localement, sec autour | Frais et humide en profondeur, sur toute la bande |
Odeur | Renfermé, moisi | Peu marquée, sauf dégât ancien | Odeur de terre ou de cave |
Revêtements | Peinture qui noircit, papier qui décolle en haut | Cloque localisée, auréole sur le plâtre | Peinture qui cloque en bas, plinthes décollées |
Vitrages | Buée le matin, condensation en périphérie | Sans lien | Sans lien |
Bâti concerné | Tous, surtout les logements sur-occupés ou sous-ventilés | Tous, selon l’état de la façade et de la toiture | Bâti ancien en matériaux capillaires |
Où va l’eau | De l’air vers le mur | De l’extérieur vers l’intérieur | Du sol vers le haut du mur |
Une précision s’impose toutefois sur l’avant-dernière ligne. L’AQC indique que la capillarité concerne surtout les « murs construits en matériaux capillaires : pierres tendres, briques, bois et panneaux à base de bois ». Elle ajoute par ailleurs que le phénomène « affecte très rarement les constructions récentes ». Ainsi, une bande basse dans un pavillon de 2015 doit d’abord faire penser à autre chose.
Le test du film plastique : trancher en 48 heures, gratuitement
Les quatre questions donnent une orientation. En revanche, ce test tranche la question la plus importante : l’eau vient-elle de l’air, ou vient-elle du mur ?
Le principe est d’abord emprunté à la norme américaine ASTM D4263, utilisée sur les dalles de béton. Elle prescrit notamment un carré de film polyéthylène et une lecture après au moins 16 heures. Pour un mur vertical, l’usage de terrain consiste à porter l’attente à 48 heures et à examiner les deux faces du film.
Le protocole
- Choisissez d’abord la zone la plus atteinte du mur, puis laissez-la sécher en surface pendant 24 heures.
- Découpez ensuite un carré de film plastique transparent d’environ 40 à 50 cm de côté. Par exemple, un morceau de sac de congélation ou de film de peintre convient.
- Scotchez-le sur le mur, en collant surtout les quatre bords de façon parfaitement étanche.
- Attendez alors 48 heures, sans chauffer ni ventiler différemment.
- Décollez délicatement un coin, puis observez les deux faces avant que l’eau ne s’évapore.
Comment lire le résultat
Ce que vous observez | Ce que cela signifie | Origine probable |
Gouttes sur la face du film tournée vers la pièce | L’eau vient de l’air ambiant et condense sur une surface froide | Condensation |
Face du film tournée vers le mur mouillée, ou support assombri dessous | L’eau sort de la maçonnerie | Infiltration ou remontée capillaire |
Les deux faces sont mouillées | Deux mécanismes coexistent | Cumul de causes |
Aucune des deux faces n’est mouillée | Le mur n’est pas humide en ce point, ou le désordre est ancien et stabilisé | À réobserver en saison humide |
Ce résultat isole donc la condensation, qui représente la cause la plus fréquente et la plus accessible. Par ailleurs, notre article sur les signes d’humidité complète cette lecture, et notre test d’auto-diagnostic donne une première orientation en quelques minutes.
Ce que le test ne dit pas
Soyons clairs sur ses limites, car elles sont réelles. D’abord, il ne distingue pas l’infiltration de la capillarité, puisque dans les deux cas l’eau sort du mur. Ensuite, la norme ASTM elle-même signale qu’un résultat négatif ne prouve pas que le support est sec, car le test ne lit que la surface.
Enfin, un mur recouvert d’une peinture très étanche peut fausser la lecture. Dans ce cas, posez le film sur une zone où le revêtement est déjà décollé.
Trois vérifications gratuites qui complètent le test
Mesurer plutôt que ressentir
Un thermomètre-hygromètre coûte quelques euros et transforme surtout une impression en donnée. Ensuite, deux repères suffisent à l’interpréter.
En effet, l’ANSES et le ministère de la Santé recommandent tous deux de maintenir l’humidité relative entre 40 et 60 %, pour une température comprise entre 18 et 22 °C. Ainsi, au-delà de 60 % en saison de chauffe, la piste de la condensation devient sérieuse.
La norme NF EN ISO 13788:2012 ajoute par ailleurs un seuil décisif. Le risque de moisissure apparaît dès 80 % d’humidité relative de surface, donc bien avant que la buée ne soit visible. Un mur peut ainsi moisir tout en restant sec au toucher.
Faire le tour du bâtiment
Cette vérification prend dix minutes, et elle élimine souvent la piste de l’infiltration, ou bien la confirme. Regardez notamment ce qui se trouve à l’aplomb et au-dessus de la tache intérieure.
- Une gouttière percée, un chéneau bouché, ou encore une descente d’eau qui déborde
- Un joint de façade ouvert, une fissure, un enduit décollé
- Un appui de fenêtre sans rejingot, ou bien dont la pente ramène l’eau vers le mur
- Une terre remontée au-dessus du niveau de l’arase, ou un massif planté contre la façade
- Une toiture dont un élément manque, juste au-dessus de la zone touchée
L’AQC signale d’ailleurs une erreur classique : une arase étanche placée trop bas. Elle recommande notamment de la positionner « 5 cm ou 15 cm au-dessus de tous les sols extérieurs ». Un remblai ou une terrasse ajoutée après coup peut donc court-circuiter une barrière pourtant existante.
Observer les vitrages et les points froids
La buée sur les vitrages constitue en effet un indicateur gratuit et fiable de l’excès de vapeur d’eau intérieur. Si elle apparaît chaque matin en hiver, la production de vapeur dépasse la capacité d’évacuation du logement.
Vérifiez alors la ventilation. Pour cela, nos guides sur les bonnes pratiques de ventilation et sur l’entretien de la VMC détaillent les points de contrôle. En logement rénové, la ventilation d’un logement rénové mérite une vérification spécifique.
Les cinq pièges du diagnostic
Piège 1 : croire que la capillarité s’arrête à un mètre
En réalité, la règle du mètre est un repère pratique, pas une loi physique. L’AQC est formelle : les traces de remontée capillaire « peuvent s’élever à plusieurs mètres au-dessus du sol ».
La raison tient au mécanisme. En effet, l’eau monte jusqu’à ce que l’évaporation en surface équilibre l’apport venu du sol. Si un enduit imperméable bloque cette évaporation en partie basse, l’eau poursuit donc son ascension pour trouver une surface qui respire.
Autrement dit, une bande d’humidité à 2 m de hauteur n’exclut pas la capillarité. Au contraire, elle peut signaler un mur déjà traité par un revêtement inadapté.
Piège 2 : conclure parce que le mur est sec au toucher
En effet, un mur peut abriter une colonie de moisissures sans être mouillé. Le seuil de la norme ISO 13788 le montre : 80 % d’humidité de surface suffit, et cette valeur s’atteint sans aucune goutte visible.
À l’inverse, un mur froid au toucher n’est pas nécessairement humide. Autrement dit, le froid seul ne prouve rien, sauf s’il s’accompagne d’un taux d’humidité ambiante élevé.
Piège 3 : ne chercher qu’une seule cause
Voilà l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Les cumuls sont en effet la règle dans le bâti ancien.
Prenons donc le cas type. Une remontée capillaire sature le bas d’un mur, ce qui le refroidit, puisqu’un matériau humide conduit mieux la chaleur qu’un matériau sec. Ce refroidissement déclenche alors de la condensation juste au-dessus de la bande. Résultat : deux mécanismes sur un même mur, à quelques centimètres d’écart.
Ce phénomène explique aussi une partie de la facture. Notre article sur humidité et facture de chauffage développe d’ailleurs ce point. Une isolation mal conçue peut par ailleurs superposer un troisième mécanisme.
Piège 4 : diagnostiquer un mur qui vient d’être repeint
En effet, une peinture fraîche efface les indices les plus utiles. Elle masque notamment les efflorescences, uniformise le contour, et modifie la perméabilité de la surface.
Dans ce cas, deux options s’offrent à vous. Soit vous cherchez une zone non repeinte, derrière un meuble ou dans un placard. Soit vous attendez la saison humide suivante, en photographiant l’évolution chaque mois.
Piège 5 : confondre une efflorescence et une moisissure
Ces deux dépôts blancs n’ont aucun rapport, alors qu’ils sont régulièrement confondus. Pourtant, le test tient en trois secondes.
Une efflorescence saline est d’abord minérale, poudreuse et sèche. Elle s’effrite entre les doigts, et elle réapparaît au même endroit après nettoyage. En revanche, une moisissure blanche est vivante, duveteuse, et elle s’accompagne d’une odeur. Elle s’étale sous le doigt au lieu de s’effriter.
La distinction compte, car ces deux dépôts n’orientent pas vers la même origine. Par ailleurs, les colonies invisibles restent fréquentes : les travaux sur les moisissures invisibles et sur le microbiome du bâtiment documentent cette flore que personne ne voit.
Ce que contient un vrai diagnostic professionnel
Les mesures attendues
Votre observation oriente déjà beaucoup. En revanche, seule la mesure tranche définitivement, en particulier avant des travaux lourds.
- Le taux d’humidité de la maçonnerie à cœur, exprimé notamment en pourcentage de la masse. La méthode dite à la bombe à carbure sert de référence, car elle mesure l’eau réellement contenue dans le matériau prélevé.
- Le même taux relevé à plusieurs hauteurs sur le même mur. C’est le point clé, car un gradient qui décroît du bas vers le haut signe la capillarité.
- La température de surface des parois, relevée par exemple au thermomètre infrarouge ou à la caméra thermique, afin de localiser les points froids.
- L’hygrométrie ambiante, suivie de préférence sur plusieurs jours plutôt qu’en une seule fois.
- La présence de nitrates dans les efflorescences. En effet, leur origine est le sol, donc leur présence oriente fortement vers un mécanisme ascensionnel.
La différence entre mesurer la surface et mesurer le cœur
Voilà le point que les diagnostics de mauvaise qualité négligent. En effet, un humidimètre électrique de contact lit les premiers millimètres de la paroi. Il indique donc une surface humide, sans dire d’où vient l’eau.
Or c’est exactement la distinction qui compte. Ainsi, une condensation mouille la surface et laisse le cœur du mur sec. Une capillarité, à l’inverse, sature le mur dans son épaisseur. Par conséquent, un relevé en profondeur à plusieurs hauteurs sépare les deux sans ambiguïté.
Quand le diagnostic devient urgent
Certaines situations justifient toutefois de ne pas attendre la saison suivante.
- Un occupant asthmatique, en particulier un enfant. Nos articles sur le lien entre moisissures et asthme et sur l’humidité et les enfants asthmatiques expliquent pourquoi.
- Une personne âgée, fragile, ou bien dont l’immunité est affaiblie.
- Une odeur de moisi qui persiste malgré l’aération, sans tache visible.
- Un champignon à filaments sur du bois, qui peut notamment relever de la mérule.
- Un logement en location. Notre article sur les obligations du bailleur face à un logement humide détaille les démarches.
Une fois l’origine identifiée, la bonne suite
Si c’est de la condensation
Bonne nouvelle : c’est la cause la plus fréquente, et la moins coûteuse à corriger. Deux leviers agissent, et ils fonctionnent d’ailleurs ensemble.
Le premier consiste d’abord à réduire la vapeur d’eau produite et à mieux l’évacuer. Aérez donc 10 minutes le matin et le soir, comme le recommande le ministère de la Santé. Ne bouchez par ailleurs jamais une entrée d’air, et faites sécher le linge à l’extérieur ou dans une pièce ventilée.
Le second consiste ensuite à réchauffer les parois froides. Écartez donc les meubles des murs extérieurs, maintenez une température homogène, et ne coupez pas le chauffage d’une pièce dont la porte reste ouverte. À terme, la correction des ponts thermiques règle le problème à la source.
Un mot sur le purificateur d’air : il capte une partie des spores, ce qui reste un appoint utile. Toutefois, il ne réchauffe aucune paroi et ne retire aucune eau.
Si c’est une infiltration
La priorité consiste ici à trouver le point d’entrée, pas à traiter la trace intérieure. En effet, tant que l’eau entre, aucun traitement intérieur ne tiendra.
Commencez donc par les causes les plus simples et les moins chères, à savoir gouttières, chéneaux, descentes, joints et appuis de fenêtre. Passez ensuite aux causes lourdes, comme la couverture ou l’étanchéité de façade. Notez que l’eau circule souvent avant d’apparaître, donc le point d’entrée se situe rarement à l’aplomb exact de la tache.
Si c’est une remontée capillaire
Ici, aucun geste d’occupant ne suffira, et il faut l’accepter d’emblée. Le traitement consiste en effet à recréer la barrière horizontale absente, par injection dans la maçonnerie.
Vérifiez cependant deux points avant d’engager les travaux. D’abord, contrôlez le niveau des sols extérieurs, car un remblai trop haut court-circuite l’arase. Ensuite, retirez les revêtements imperméables en partie basse, puisqu’ils bloquent l’évaporation et poussent l’eau plus haut.
Enfin, respectez l’ordre des opérations. Ainsi, le nettoyage des moisissures intervient en dernier, une fois le support sec. Retenez aussi que le problème ne reste pas confiné à la pièce concernée, comme l’explique notre article sur le fait que les murs humides sont contagieux.
Questions fréquentes
Comment savoir si c’est de la condensation ou une remontée capillaire ?
En pratique, trois indices suffisent le plus souvent. D’abord la hauteur : la condensation touche les angles et le haut des murs, alors que la capillarité forme une bande basse partant du sol. Ensuite la saison : la condensation est essentiellement hivernale, tandis que la capillarité reste présente toute l’année. Enfin le dépôt : un voile blanc poudreux signe la capillarité, alors que des taches noires duveteuses signent la condensation. Le test du film plastique confirme ensuite en 48 heures.
À quelle hauteur monte une remontée capillaire ?
Le plus souvent entre 30 cm et 1,50 m, mais ce n’est pas une limite. En effet, l’Agence Qualité Construction précise que les traces « peuvent s’élever à plusieurs mètres au-dessus du sol ». La hauteur atteinte dépend de l’équilibre entre l’apport d’eau venu du sol et l’évaporation en surface. Ainsi, un enduit imperméable posé en bas de mur pousse l’eau à monter plus haut pour trouver une surface d’évaporation.
Comment faire le test du film plastique sur un mur ?
Scotchez hermétiquement un carré de film plastique transparent de 40 à 50 cm de côté sur la zone la plus humide, puis attendez 48 heures. Décollez ensuite un coin et observez les deux faces. Des gouttes côté pièce indiquent une condensation, car l’eau vient de l’air. Une face mouillée côté mur indique au contraire que l’eau sort de la maçonnerie, donc une infiltration ou une remontée capillaire. Notez enfin que le principe dérive de la norme ASTM D4263 utilisée sur les dalles béton.
Le salpêtre prouve-t-il une remontée capillaire ?
Certes, il oriente fortement dans ce sens, mais sans constituer une preuve à lui seul. En effet, ce voile blanc correspond à des sels minéraux laissés en surface par l’eau qui s’évapore. Or, quand ces sels comportent des nitrates, ils viennent du sol, ce qui suppose que l’eau y a circulé. En revanche, d’autres sels peuvent provenir des matériaux du mur eux-mêmes. Ainsi, une analyse des efflorescences lève le doute.
Mon mur est humide seulement après la pluie, est-ce grave ?
En pratique, cette chronologie oriente clairement vers une infiltration. Le délai entre la pluie et l’apparition de la tache renseigne d’ailleurs sur la distance parcourue par l’eau. Quelques heures suggèrent un point d’entrée proche, alors que deux ou trois jours suggèrent un cheminement long. Faites donc le tour du bâtiment par temps de pluie, en observant gouttières, joints, appuis et toiture au-dessus de la zone touchée.
Peut-on avoir deux origines en même temps ?
Oui, et c’est même fréquent dans le bâti ancien. Le cas type associe notamment une remontée capillaire en bas de mur et une condensation juste au-dessus. En effet, un matériau humide conduit mieux la chaleur, donc la bande capillaire refroidit la paroi et provoque de la condensation à sa périphérie. Par conséquent, traiter une seule des deux causes laisse le désordre actif.
Un humidimètre de bricolage suffit-il pour diagnostiquer ?
Non, car il ne mesure que les premiers millimètres de la paroi. Il indique donc qu’une surface est humide, sans dire d’où vient l’eau. Or c’est précisément la question à trancher. En revanche, la mesure de référence porte sur le taux d’humidité à cœur, relevé à plusieurs hauteurs du même mur. Un gradient décroissant du bas vers le haut signe la capillarité, alors qu’une surface humide sur un cœur sec signe la condensation.
Faut-il traiter avant ou après avoir nettoyé les moisissures ?
Traitez d’abord, nettoyez ensuite. En effet, le nettoyage retire ce qui est visible, sans retirer l’eau contenue dans le support. Ainsi, sur un mur toujours humide, la colonie repart en quelques semaines. La séquence efficace est donc : identifier l’origine, traiter la cause, laisser sécher, puis nettoyer.
Combien de temps un mur met-il à sécher après traitement ?
Comptez plutôt plusieurs mois, et parfois plus d’un an pour une maçonnerie épaisse. L’ordre de grandeur souvent retenu est d’environ un centimètre d’épaisseur séché par semaine, ce qui reste très dépendant du matériau, de la ventilation et de la saison. Ne posez donc aucun revêtement étanche pendant cette phase, sous peine de piéger l’eau restante.
Diagnostiquer, c’est déjà la moitié du traitement
Un mur humide ne se soigne pas par essais successifs. En effet, chaque traitement appliqué à la mauvaise cause coûte de l’argent, fait perdre une saison, et rend parfois le désordre plus étendu qu’au départ.
À l’inverse, quatre observations et un carré de film plastique suffisent à orienter correctement la suite. Or c’est peu de chose au regard de ce que représente un chantier mal ciblé.
C’est la raison d’être de l’Institut de la Maison Saine : rendre visibles les risques liés à l’humidité et diffuser des solutions concrètes, pour que chacun puisse respirer dans un bâtiment sain. Un mur humide parle. Il suffit de savoir dans quel ordre lui poser les questions.
Sources
- Agence Qualité Construction : fiche pathologie, remontées capillaires
- Agence Qualité Construction : fiche pathologie, condensations dans les logements
- Agence Qualité Construction : fiche pathologie, humidité en sous-sol des bâtiments
- ASTM D4263 : Standard Test Method for Indicating Moisture in Concrete by the Plastic Sheet Method
- NF EN ISO 13788:2012 : performance hygrothermique des composants et parois de bâtiments
- ANSES : Moisissures dans le bâti, avis et rapport d’expertise collective (2016)
- OMS : WHO guidelines for indoor air quality, dampness and mould (2009)
- Ministère de la Santé : Un air sain chez soi, guide pratique
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes : Lutter contre les moisissures dans le logement